« 16 juin 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16345, f. 257-258], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7746, page consultée le 02 mai 2026.
16 juin [1841], mercredi après-midi, 3 h.
Je viens de faire tous mes comptes, mon Toto, et il en résulte que je n’aurai même
pas de quoi payer mon frotteur demain. C’est vraiment affligeant, et pour moi je
donnerais volontiers une de mes mainsa
pour être dispensée de toucher à l’argent le reste de ma vie. C’est une de mes
désolations que d’avoir la charge de dépenser l’argent que tu gagnes si péniblement.
C’est sans la moindre exagération, mon pauvre bien-aimé, il y a des moments où je
prendrais mes jambes à mon cou pour m’enfuir tant je trouve difficile de te demander
de l’argent tous les jours et à tout moment. Je viens d’écrire à Jourdain de m’envoyer son mémoire afin qu’il ne
fasse pas des petits si on le lui laisse couver plus longtemps. J’ai fait aussi un
petit bout de lettre pour la mère Pierceau
pour lui recommander les caleçonsb,
un autre pour la couturière pour lui faire acquitter et dater la note de Claire1. Il me reste encore à me débarbouiller et à m’habiller.
Tu
auras ton petit souper prêt ce soir, tâche de ne pas venir trop tard. Je n’ai pas
d’autre distraction, pas d’autre intérêt, pas d’autre joie dans cette vie que de te
voir, tâche de ne pas me les faire si rares.
Il fait un temps ravissant
aujourd’hui, c’est bien dommage que nous ne puissions pas en profiter tous les deux.
Je voudrais, mon pauvre bien-aimé, que tu prissesc sur toi de me mener voir mon père2. Ce serait une bonne action et un
devoir rempli de ta part et de la mienne. Je suis plus triste que je n’ose te le
montrer quand je pense que je n’ai pas même la faculté de disposer d’une heure pour
une chose aussi légitime. Enfin, mon Toto, tâche de m’y mener demain. Je t’aime.
Juliette
1 Claire vient de faire sa première communion, le jeudi 27 mai, et c’est Mme Laporte, couturière, qui était chargée de sa toilette. L’ensemble coûte 72 F., somme que Juliette trouve modérée et consciencieuse, à laquelle s’ajoute le prix d’un petit bandeau, mais malgré tout cela, l’adolescente « n’avait même pas de souliers blancs » (lettre du samedi 29 mai au soir).
2 L’oncle de Juliette, René-Henry Drouet, est hospitalisé aux Invalides, très malade.
a « main ».
b « calçons ».
c « prisse ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.
- 7 janvierÉlection à l’Académie française.
- 3 juinRéception à l’Académie française.
- Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.
